À New York, de nombreuses familles africaines immigrées se retrouvent confrontées à un dilemme éducatif : comment transmettre à leurs enfants les valeurs spirituelles et culturelles du continent tout en leur assurant une intégration réussie dans le système américain ?
Pour beaucoup, la solution consiste à envoyer leurs enfants au pays d’origine afin qu’ils y suivent une éducation coranique et morale. Cette démarche, motivée par la foi, la tradition et la crainte des dérives sociales du ghetto, vise à préserver les enfants des influences jugées néfastes. Cependant, cette décision, bien qu’animée par de nobles intentions, engendre souvent des conséquences sociales et psychologiques complexes. Les jeunes reviennent à New York après plusieurs années d’absence, imprégnés d’une culture différente et déconnectés du système éducatif occidental.
ENTRE FOI, DERACINEMENT ET REINSERTION DIFFICILE
Selon nos données recueillies, The Kunta Institute, qui accompagne depuis plusieurs années ces jeunes dans le Bronx, ce phénomène touche un nombre croissant de familles originaires de pays comme le Mali, la Gambie, la Guinée ou le Sénégal. Ces jeunes, appelés localement “returnees”, reviennent souvent à l’âge adulte, porteurs d’une solide formation religieuse mais dépourvus de repères scolaires et professionnels.
C’est le cas de Mohamed Kebbeh, né dans le Bronx en 2000 dans une famille gambienne migrante. Envoyé très jeune en Gambie pour y mémoriser le Coran, il y a passé plus de dix ans sans formation académique complémentaire. De retour à New York en 2021, il découvre une réalité à laquelle il n’est pas préparé : absence de diplôme, difficultés linguistiques, manque de ressources, isolement et rejet implicite d’un environnement qu’il ne comprend plus.
« Mohamed est instruit religieusement, mais il n’a aucun cadre pour s’insérer dans le monde professionnel américain. Il vit de petits travaux, récupère et revend des objets usagés pour survivre. C’est une détresse silencieuse que beaucoup partagent, » explique Mariam Kinda, une des collaboratrices de l’Institution,
UN ACCOMPAGNEMENT COMMUNAUTAIRE POUR RECONSTRUIRE L'AVENIR
Face à cette situation, The Kunta Institute, a mis en place un comité de sensibilisation parental afin d’informer les familles sur les impacts à long terme de ces départs prolongés. L’objectif n’est pas de condamner la tradition, mais d’aider les parents à trouver un équilibre entre éducation religieuse, apprentissage académique et insertion sociale.
Nous proposons également des programmes de réintégration accélérée pour les jeunes adultes revenus d’Afrique. Ces formations couvrent des domaines pratiques tels que la mécanique automobile, la boulangerie, la menuiserie, ou encore les métiers du bâtiment, tout en incluant des modules de remise à niveau linguistique et numérique.
« Ces jeunes possèdent une grande discipline spirituelle, mais ils ont besoin d’outils concrets pour transformer cette rigueur en compétences professionnelles, » précise la direction du Kunta Institute.
CONJUGUER DOUBLE IDENTITE ET EPANOUISSEMENT PERSONNEL
Pour nous éducateurs et mentors du Kunta Institute, la clé réside dans la réconciliation des deux mondes : celui de la tradition et celui de la modernité. À travers le mentorat, les activités culturelles, et les ateliers de développement personnel, l’Institut aide ces jeunes à renouer avec leurs origines tout en s’ancrant dans la réalité américaine.
Ces programmes visent à leur apprendre à valoriser leur double identité plutôt qu’à la subir. Les parents, de leur côté, sont encouragés à participer activement au parcours éducatif de leurs enfants, afin d’éviter les ruptures culturelles et émotionnelles.
« Notre mission n’est pas seulement d’éduquer, mais de réparer le lien social et identitaire. Nous voulons que ces jeunes comprennent qu’ils peuvent être profondément africains et pleinement américains, » conclut un membre du comité éducatif de l’Institut.
VERS UNE EDUCATION TRANSNATIONALE EQUILIBREE
En replaçant la culture et la spiritualité au cœur de l’éducation, nous nous s’imposons comme un acteur clé du dialogue entre l’Afrique et la diaspora. Son approche holistique — entre mentorat, formation, accompagnement parental et engagement communautaire — représente une voie concrète pour bâtir une jeunesse consciente, compétente et fière de ses racines. À travers nos actions de tous les jours, au sein de l’Institut, nous rappelons constamment aux familles nécessiteuses, cette vérité essentielle que :
« l’éducation n’est pas seulement une transmission de savoir, mais une transmission d’identité. »











